Mardi poésie chez Lady Marianne : La prison

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LADY MARIANNE

LA PRISON, thème proposé par Renée

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Titre : Sur le Tasse en prison

Poète : Charles Baudelaire (1821-1867)

Recueil : Les épaves (1866).

Sonnet.
.

Le poète au cachot, débraillé, maladif,
Roulant un manuscrit sous son pied convulsif,
Mesure d’un regard que la terreur enflamme
L’escalier de vertige où s’abîme son âme.
.
Les rires enivrants dont s’emplit la prison
Vers l’étrange et l’absurde invitent sa raison ;
Le Doute l’environne, et la Peur ridicule,
Hideuse et multiforme, autour de lui circule.
.
Ce génie enfermé dans un taudis malsain,
Ces grimaces, ces cris, ces spectres dont l’essaim
Tourbillonne, ameuté derrière son oreille,
.
Ce rêveur que l’horreur de son logis réveille,
Voilà bien ton emblème, Âme aux songes obscurs,
Que le Réel étouffe entre ses quatre murs !
.

Écrit en 1842.

Charles Baudelaire.

~

Bon mardi mes ami(e)s,

Colette

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Pour ce jeudi 11 octobre : L’obscurité

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N°209

À la barre :

JEANNE FADOSI

Le soir, au clair de lune

(Albert Samain 1859-1900)

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Le ciel comme un lac d’or pâle s’évanouit,

On dirait que la plaine, au loin déserte, pense

Et dans l’air élargi de vide et de silence,

S’épanche la grande âme de la nuit.

 .

Pendant que çà et là brillent d’humbles lumières,

Les grands bœufs accouplés rentrent par les chemins,

Et les vieux en bonnet, le menton sur les mains,

Respirent le soir calme aux portes des chaumières.

 .

Le paysage, où tinte une cloche est plaintif

Et simple comme un doux tableau de primitif

Où le Bon Pasteur porte l’agneau blanc sur l’épaule.

.

Les astres au ciel noir commencent à neiger,

Et là-bas, immobile au sommet de la côte

Rêve la silhouette antique d’un berger.

 .

Vers l’Occident, là-bas, le ciel est tout en or,

Le long des prés déserts où le sentier dévale

La pénétrante odeur des foins coupés s’exhale,

Quand vient l’heure émouvante où toute la terre s’endort !

 .

La faux des moissonneurs a passé sur les terres,

Les repos succèdent aux travaux des longs jours,

Parfois une charrue, oubliée des labours,

Sort comme un bras levé, des sillons solitaires.

 .

La nuit à l’Orient verse sa cendre fine,

Seule au couchant s’attarde une barre de feu ;

Et dans l’obscurité qui s’accroît peu à peu

La blancheur de la route à peine se devine.

 .

En jeune veuve éplorée, la terre pleure son défunt

Comme pour le remplacer à l’horizon s’élève

Une lumière de lune, toute pâle et si légère,

 .

Dans l’ombre et les parfums

Superbe fille de Ré,

Tu viens nous éclairer.

.

(Extraits du chariot d’or)

Bon jeudi

à

chacune et chacun,

Colette

Mardi poésie chez Lady Marianne : Ce que l’on croit

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LADY MARIANNE

CE QUE L’ON CROIT, thème proposé par Gazou

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Titre : Une croix sur le bord d’un chemin

Poète : Sophie d’Arbouville (1810-1850)

Recueil : Poésies et nouvelles (1840).

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Sur le bord du chemin, que j’aime à voir l’oiseau,
Fuyant le nid léger que balance l’ormeau,
Prendre le grain qu’il porte à sa couvée éclose,
Les premiers jours de mai, quand s’entr’ouvre la rose.

.

Sur le bord du chemin, que j’aime l’églantier,
De pétales dorés parsemant le sentier,
Disant que l’hiver fuit avec neige et froidure,
Qu’un sourire d’avril ramène la verdure.

.

Sur le bord du chemin, que j’aime à voir les fleurs
Dont les hommes n’ont pas combiné les couleurs ;
Les fleurs des malheureux, qu’aux malheureux Dieu donne,
Du Dieu qui songe à tous, aimable et sainte aumône.

.

Sur le bord du chemin, que j’aime le ruisseau,
Qui, sous le nénuphar, sous l’aulne et le roseau,
Me cache ses détours, mais qui murmure et chante,
S’emparant en fuyant de ma pensée errante.

.

Sur le bord du chemin, que j’aime le berger,
Son vieux chien vigilant, son chalumeau léger ;
La cloche du troupeau, triste comme une plainte,
Qui s’arrête parfois, puis qui s’ébranle et tinte.

.

Sur le bord du chemin, que j’aime mieux encor
La simple croix de bois, sans sculpture, sans or ;
À ses pieds, une fleur humide de rosée,
Par l’humble laboureur, humblement déposée.

.

Sur le bord du chemin, la fleur se fanera,
Les troupeaux partiront, le ruisseau tarira ;
Tout se flétrit et meurt, quand s’enfuit l’hirondelle ;
Mais la croix restera saintement immortelle !

.

Sur le bord du chemin, tout varie en son cours,
Le ciel seul, à notre âme, osa dire : Toujours !
Et quand nos cœurs brisés s’agitent dans le doute,
Qu’il est bon de trouver une croix sur la route !

.

Sur le bord du chemin, les paroles d’amour,
Murmure harmonieux qui ne dure qu’un jour,
S’en vont avec le vent, aussi légère chose
Qu’un chant d’oiseau dans l’air ou qu’un parfum de rose.

.

Sur le bord du chemin, on tombe avant le soir,
Les pieds tout déchirés et le cœur sans espoir ;
Pèlerin fatigué que poursuivit l’orage,
On s’assied sur la route à moitié du voyage.

.

Sur le bord du chemin, ô croix ! reste pour moi !
Mes yeux ont moins de pleurs en se levant vers toi.
Tu me montres le but ; une voix qui console,
Dans le fond de mon cœur, semble être ta parole :

.

« Sur le bord du chemin, si ton cœur affaibli
Souffre d’isolement, de mécompte et d’oubli,
Ô pauvre ami blessé qui caches ta souffrance,
Viens t’asseoir à mes pieds, car je suis l’espérance ! »

.

Sur le bord du chemin, ainsi parle la croix,
Consolant les bergers et consolant les rois,
Offrant à tout passant son appui tutélaire…
Car tout cœur qui palpite a souffert sur la terre !

.

Sophie d’Arbouville.

~

Bon mardi mes ami(e)s !

Colette

Pour ce jeudi poésie : La lumière

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N°209

À la barre :

JEANNE FADOSI

Titre : Lumière.

Poète : Jean Aicard (1848-1921)

Recueil : Les jeunes croyances (1867).

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La lumière, ce fleuve insondable qu’envoie
Le soleil, vaste source, aux mondes, vastes mers,
Prodigue largement la Vie à l’univers,
Et dans le cœur de tous fait ruisseler la joie !
.
Quel bonheur d’admirer l’air libre qui reluit,
Quand le soleil sublime et charmant nous regarde !
Et s’il pâlit soudain dans la brume hagarde,
Comme dans l’âme aussi naît une étrange nuit !
.
J’ai toujours éprouvé, moi, pauvre solitaire,
Cette horreur ténébreuse et ce brillant plaisir ;
Et quand le ciel est morne et gris, je cherche à fuir
De mon cœur désolé le funèbre mystère.
.
Eh bien, je n’ai trouvé, pour remplacer le jour
Et l’éclatant soleil, principe de la vie,
Regard de Dieu tombant sur notre âme asservie,
Que tes yeux : en tes yeux resplendit ton amour !

.

Jean Aicard.

Bon jeudi

à

chacune et chacun,

Colette

Mardi poésie chez Lady Marianne : Le temps

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LADY MARIANNE

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LE TEMPS, thème proposé par moi-même

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La Montre

Théophile Gautier (1811-1872)

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Deux fois je regarde ma montre,
Et deux fois à mes yeux distraits
L’aiguille au même endroit se montre ;
Il est une heure… une heure après.

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La figure de la pendule
En rit dans le salon voisin,
Et le timbre d’argent module
Deux coups vibrant comme un tocsin.

.

Le cadran solaire me raille
En m’indiquant, de son long doigt,
Le chemin que sur la muraille
A fait son ombre qui s’accroît.

.

Le clocher avec ironie
Dit le vrai chiffre et le beffroi,
Reprenant la note finie,
A l’air de se moquer de moi.

.

Tiens ! la petite bête est morte.
Je n’ai pas mis hier encor,
Tant ma rêverie était forte,
Au trou de rubis la clef d’or !

.

Et je ne vois plus, dans sa boîte,
Le fin ressort du balancier
Aller, venir, à gauche, à droite,
Ainsi qu’un papillon d’acier.

.

C’est bien de moi ! Quand je chevauche
L’Hippogriffe, au pays du Bleu,
Mon corps sans âme se débauche,
Et s’en va comme il plaît à Dieu !

.

L’éternité poursuit son cercle
Autour de ce cadran muet,
Et le temps, l’oreille au couvercle,
Cherche ce coeur qui remuait ;

.

Ce coeur que l’enfant croit en vie,
Et dont chaque pulsation
Dans notre poitrine est suivie
D’une égale vibration,

.

Il ne bat plus, mais son grand frère
Toujours palpite à mon côté.
– Celui que rien ne peut distraire,
Quand je dormais, l’a remonté !

.

Théophile Gautier

~

Beau mardi

et

bon mois d’octobre,

Colette

Les défis de la Plume d’Evy, thème : Au chant du coq

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LA PLUME D’EVY

N°180

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Aube épaisse

Au réveil le chant du coq

Aube toute fraîche

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Mets-y tout ton temps

Le courage vient en chantant

Ton coeur à l’ouvrage

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Serpes et paniers

Raisin vermeil le plus beau

Vin de l’amitié

Bonne semaine,

Colette

Détesté / Aimé

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PAR ICI

Chaque dernier samedi du mois (donc ce 29 septembre), Renée nous demande de lui parler un peu d’un évènement ou moment que nous avons détesté et aussi de lui parler de ce que nous avons particulièrement aimé.

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😀 Dès le premier jour, repas chez une amie et breuvage chez une autre. De bons et agréables moments, tout ce qu’il faut pour bien commencer le mois.

😀 Le huit, sortie dîner restaurant en compagnie de deux amies. Bien agréables moments également, bien entendu.

😀 Le seize, presqu’incroyable : je me suis baignée à la piscine. Pas chaud, mais tout de même potable puisque j’y suis restée à nager un bon gros 45 minutes.

😦  Ce même jour, décès d’une de nos compagnes connue depuis le temps où j’étais au secondaire dans mon village natal.

😀 Petit fait intéressant : elle aimait courir dans la grande salle et moi de même. Un jour, nous nous sommes frappées et elle, de me dire : Je ne le dirai pas et moi d’ajouter moi non plus … je comprends elle était enseignante chez les petits et moi élève au secondaire.

😀 Les 25 et 26, j’ai donné un peu de mon temps au marché aux puces au soubassement de notre maison, lequel se termine ce samedi 29, fin d’avant-midi.

😀 J’ai lu le volume Lady Cartier, du même auteur que le mois dernier : Micheline Lachance.  ICI

C’est l’histoire d’une passion. Je cite le dos du volume :

« Au cœur des années post-rébellion, alors que se joue le sort du Canada, Hortense Fabre, dite Lady Cartier, et son mari, le premier ministre Sir Georges-Étienne Cartier, traversent une période houleuse. Si ce dernier reste profondément attaché à la Couronne britannique, Lady Cartier éprouve pour sa part des sentiments patriotiques. Georges-Étienne Cartier, se sentant plus appuyé par la cousine de sa femme, Luce Cuvillier, n’hésite pas à entretenir une relation extraconjugale avec elle. Cette liaison, étalée au grand jour, couvre de honte Hortense et ses filles et engendre une rivalité malsaine entre l’épouse et la maîtresse. D’un côté, il y a la femme aux valeurs familiales profondes et la sensibilité à fleur de peau et, de l’autre, la femme d’affaires indépendante et émancipée qui conseille son amant sur ses engagements politiques. Un triangle amoureux qui déshonorera Lady Cartier et marquera sa vie à tout jamais … »

😀 Et, encore un petit reste de fleurs au jardin :

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Il reste encore samedi et dimanche pour terminer ce mois.

Bonne fin de semaine,

Colette

Pour ce jeudi poésie : L’enfermement

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Défi N°208

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À la barre :

JILL BILL

On dit :  » Triste comme la porte
D’une prison.  »
Et je crois, le diable m’emporte !
Qu’on a raison.

.

D’abord, pour ce qui me regarde,
Mon sentiment
Est qu’il vaut mieux monter sa garde,
Décidément.

.

Je suis, depuis une semaine,
Dans un cachot,
Et je m’aperçois avec peine
Qu’il fait très chaud.

.

Je vais bouder à la fenêtre,
Tout en fumant ;
Le soleil commence à paraître
Tout doucement.

.

C’est une belle perspective,
De grand matin,
Que des gens qui font la lessive
Dans le lointain.

.

Pour se distraire, si l’on bâille,
On aperçoit
D’abord une longue muraille,
Puis un long toit.

.

Ceux à qui ce séjour tranquille
Est inconnu
Ignorent l’effet d’une tuile
Sur un mur nu.

.

Je n’aurais jamais cru moi-même,
Sans l’avoir vu,
Ce que ce spectacle suprême
A d’imprévu.

.

Pourtant les rayons de l’automne
Jettent encor
Sur ce toit plat et monotone
Un réseau d’or.

.

Et ces cachots n’ont rien de triste,
Il s’en faut bien :
Peintre ou poète, chaque artiste
Y met du sien.

.

De dessins, de caricatures
Ils sont couverts.
Çà et là quelques écritures
Semblent des vers.

.

20 septembre 1843.

Alfred de Musset, « Le mie prigioni » 
(« Mes prisons »), Poésies nouvelles, 1850.

En 1841, s’étant dérobé au service de la Garde nationale, Musset passe plusieurs jours en prison. Cette mésaventure se renouvellera en 1843, puis en 1849.

Bon jeudi

à

chacune et chacun,

Colette

Mardi poésie chez Lady Marianne : Automne

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LADY MARIANNE

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AUTOMNE, thème proposé par Mamykool

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Mardi poésie chez Lady Marianne_Automne

L’automne

On voit tout le temps, en automne,
Quelque chose qui vous étonne,
C’est une branche tout à coup,
Qui s’effeuille dans votre cou.

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C’est un petit arbre tout rouge,
Un, d’une autre couleur encor,
Et puis partout, ces feuilles d’or
Qui tombent sans que rien ne bouge.

.

Nous aimons bien cette saison,
Mais la nuit si tôt va descendre !
Retournons vite à la maison
Rôtir nos marrons dans la cendre.

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Lucie Delarue-Mardrus

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Lucie Delarue-Mardrus, poétesse, romancière, sculptrice et dessinatrice, journaliste et historienne française est née à Honfleur le 3 novembre 1874 et décédée à Château-Gontier le 26 avril 1945.

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Bon mardi

à

toutes et tous,

Colette

Pour ce jeudi poésie : L’injustice

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Défi N°208

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À la barre

JILL BILL

Said NOUAHAD

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L ‘ingratitude

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Nous sommes là, nous sommes partout ils sont là,
ils sont partout.
Ils ne veulent rien laisser, ils veulent tout.
Que les autres souffrent, c’est leurs atouts.
Ils sont assoiffés d’un trésor sans valeur.
D’un caillou très solide à la place du cœur.
Le digne se perçoit égaré et mal traité.
Ce sens négligé pour ne pas dire écartés.
Alors, on s’évade aussi loin qu’on peut.
C’est le mieux qu’on souhaite comme vœux.
Le regret et le soupire ne m’enlèvent pas la douleur.
Ils la rendent plus cruelle pour étaler la rancœur
Et si, les larmes coulent c’est pour moi
Et pour les autres.
Quel malheur ? Quelles souffrances ?
Percent nos cœurs.
On préfère être enfermé, pour ne pas avoir peur.
Crier, enfin au fond de nous, justice c’est le terme.
Ils sont toujours là, pour nous faire la guerre.
Tout au fond de nous-même.
Il y a trop de cœurs qui pleurent, qui font peur.
Un encouragement nécessaire pour exister.
Offrez nous l’opportunité et la vigueur d’exister.
La vie n’a plus de charme par ses scorpions
Qui se cachent.
Soutenons nous à empocher ce fantôme
Qui s’attache.
Mettre fin à cette différence qui nous hache.

Bon jeudi

à

toutes et tous !

Colette

 

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